22.04.2008

Dix-septième fournée

         

 

 

 

 

         - OPUS DIX-SEPTIEME -

 

 

 

 

 

 

 

DCCCXXXIII – Chaque fois que je tombe malade, je suis persuadé que je vais crever, et j’ai peur de crever. Le reste du temps, ça va, j’ai juste peur de vivre.

 

 

 

DCCCXXXIV – Nietzsche aurait aimé le death-metal. 240 à la noire sur une grosse caisse, ça donne des crampes « transcendantales » : un mot qui lui était cher.

 

 

 

DCCCXXXV – Le besoin de reconnaissance étant ce qu’il est, une foule suffisamment nombreuse qui crie « Vas-y Bertrand, pète-toi un os » a de bonnes chances d’envoyer le susnommé aux urgences de son plein gré.

 

 

 

DCCCXXXVI – La question est de savoir si on appelle ça le syndrome Star Ac’ ou le syndrome Jackass.

 

 

 

DCCCXXXVII – Une idée en entraîne souvent une autre. Une question amène une réponse, mais cette dernière renvoie à peu près systématiquement à une nouvelle question. La vie ressemble à ces concours d’état en temps limité, aux termes desquels celui qui a été le plus loin a gagné, sachant qu’au départ, le truc était tourné de telle manière qu’il était impossible de répondre à toutes les questions.

 

 

 

DCCCXXXVIII – La différence, c’est que dans la vie, même si t’as répondu à plein de questions, à la fin, t’as perdu quand même.

 

 

 

DCCCXXXIX – Entendu à la télé à l’instant : « Viendra le jour où les morts marcheront ». Eh ben il ferait beau voir, tiens… D’ailleurs, c’est bien simple, j’ai décidé que je ne mourrai pas avant ce jour là.

 

 

 

DCCCXL – Comme quoi, on a tous des visions personnelles de l’horreur. Pour le moi, le film vraiment flippant, c’est un film dans lequel les morts ne marchent pas. C’est vrai qu’il est à certains égards difficile pour un scénariste, même talentueux, de faire plus effrayant que la réalité.

 

 

 

DCCCXLI – En fait, ma fascination pour les films d’horreur n’a pas survécu à mes 16 ans. C’est l’âge auquel j’ai réalisé en compulsant un rapport d’Amnesty International que je faisais moi-même de la figuration dans « Le » film d’horreur. Forcément, ça blase.

 

 

 

DCCCXLII – La science-fiction n’a pas forcément que des beaux jours devant elle. Son gros truc, c’est l’espace infini et inconnu, or dans pas longtemps, on retrouvera des papiers gras jusque sur Mars.

 

 

 

DCCCXLIII – En fait, pour survivre en termes de ressorts scénaristiques, la S.F. va devoir s’inspirer des domaines scientifiques de pointe. Ca commencera avec une grosse énigme scientifique à laquelle on ne comprendra rien, comme dans les romans de S.F. normaux, sauf qu’à la fin, avec l’explication, on ne comprendra pas non plus.

 

 

 

DCCCXLIV – Attention, mur de Planck et mur de planches, ne pas confondre. Pour voir au travers d’un mur de Planck, il faut plus gros qu’une chignole.

 

 

 

DCCCXLV – A bien me relire, je m’aperçois que la pensée précédente n’a de chances d’extraire un sourire qu’à un étudiant en astrophysique lourdement attardé mental. Et je ne sais même pas si ça existe en vrai, un étudiant en astrophysique attardé.

 

 

 

DCCCXLVI - On a tendance à placer les contingences de l’esprit, de l’âme, au dessus de celles du corps, cette plomberie absconse agitée de soubresauts pneumatiques. Pourtant, comme le démontre le film « supersize me », une alimentation fast-food prolongée tue : le « non » ultime du corps. Preuve par neuf que le corps, dans ce qu’il a de plus mécanique, est doté d’un sens de la dignité, de valeurs et de principes bien supérieurs à ceux de la raison, à certains égards.

 

 

 

DCCCXLVII – La mort, c’est un genre de point Goldwyn dans le dialogue entre le corps et l’esprit.

 

 

 

DCCCXLVIII – Le Fugu est un poisson dont le goût est à peu de choses près celui du Colin, à cette différence que le coût d’une assiette le réserve à l’élite des élites en quête de frisson : la moindre erreur de préparation est fatale, le Fugu secrétant une neurotoxine particulièrement efficace. En me représentant le profil psychosociologique des victimes potentielles, j’ai pas pu m’empêcher d’anthropomorphiser une fois de plus le règne animal. Je suis persuadé d’avoir trouvé le premier poisson marxiste révolutionnaire. Le genre kamikaze.

 

 

 

DCCCXLIX – Les images de la Star’ac allemande sont censées nous persuader que la télé poubelle, c’est bien pire ailleurs que chez nous autres. Je ne vois pas bien en quoi le fait que la poubelle du voisin soit plus grande te dispense de vider la tienne, mais bon, la logique et moi...

 

 

 

DCCCL – Casser une montre ou une pendule délibérément ne procure aucun sentiment de vengeance sur le temps qui passe. Au mieux se sent-on soulagé, non d’un poids, mais d’une somme équivalente au prix de la pièce d’horlogerie malmenée.

 

 

 

DCCCLI – Je prie tous les soirs un Dieu différent pour avoir une chance d’être un jour entendu du bon. Hier, j’ai laissé sur la table un saucisson offert en holocauste, des fois que ce soit le genre « Dieu à sacrifices ou offrandes». J’avais bien ficelé l’affaire : une prière impliquant la paix et la félicité pour tous les hommes en échange d’un saucisson, mais vous allez être déçus… ce matin, le saucisson était encore là.

 

 

 

DCCCLII – Cela dit, j’ai pas osé le bouffer, après coup, le scepticisme mystique étant de par la notion de doute qu’il implique assez proche de la trouille mystique, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

 

 

 

DCCCLIII – J’ai l’honneur insigne d’inaugurer pour vous le premier opus politiquement propre. Ca ne veut pas dire que la politique y est abordée d’une manière propre, ça n’a pas de sens : ça signifie qu’il n’y est pas question de politique du tout.

 

 

 

DCCCLIV – Le ridicule ne tue pas, et des fois, même à échelle personnelle, c’est regrettable. La première fois que tu te rends au boulot en savates consécutivement à une grosse cuite,  et que c’est une fois arrivé que tu t’en aperçois, typiquement, tu voudrais mourir.

 

 

 

DCCCLV – A bien regarder les bactéries qui prolifèrent à sa surface, les insectes qui s’en alimentent et les nombreux emplois fertilisants qu’on peut en faire, il est permis de penser que la merde sent la vie à peu près autant que la vie sent la merde.

 

 

 

DCCCLVI – Des scientifiques ont découvert il y a longtemps de cela un champignon immortel, qui refuse depuis manifestement de livrer son secret, et ne change rien à rien si on le consomme. Moi, je me le serais quand même bouffé en omelette, pour la forme… lui et son immortalité, ça leur aurait fait les pieds.

 

 

 

DCCCLVII – Le « bloop » : investigation scientifique et principe de précaution. Moi, je dis « aux coordonnées du bloop, on commence par envoyer une vingtaine de torpilles dernier cri, et après on descend voir ce que c’était en recollant les morceaux.

 

 

 

DCCCLVIII – Ce matin, le saucisson tabou avait disparu ! J’ai commencé à décrire de grands cercles dans l’appartement en hurlant de joie, et puis j’ai vu Me Wlad revenir de la cuisine avec un sandwich au saucisson. Je lui ai dit qu’elle avait probablement damné nos âmes ; elle m’a conseillé de prendre un anxiolytique.

 

 

 

DCCCLIX – Face au grand mystère de nos origines, on est tous un peu au pied du mur… de Planck…

 

 

 

DCCCLX – Si la théorie des microcordes est exacte, cela signifie qu’à la base, nous sommes des ondes avant d’être de la matière, comme des ondes sonores. Ca expliquerait le côté cacophonique de la condition humaine de groupe.

 

 

 

DCCCLXI – Maintenant, je dis ça, mais il est évident que si j’avais dans la réalité des choses  compris quoi que ce soit à la théorie des microcordes, je ne pointerais certainement pas aux ASSEDIC.

 

 

 

DCCCLXII – Une grosse partie du cerveau, ne sert à « rien » en termes d’identité. Cette dernière loge dans un peu moins du volume d’un œuf. Voilà l’homo sapiens : un cube de viande de quatre centimètres d’arête qui dit « je »… grotesque et fascinant…

 

 

 

DCCCLXIII – En gros, de ce que j’ai compris de l’article de la revue scientifique dans laquelle ces dernières étaient mentionnées, les microcordes, en fait, c’est pas des cordes… C’est des vibrations qui sont les cordes en elles-mêmes. Si tu pouvais stopper la vibration comme tu étoufferais des cordes de guitare, la corde disparaîtrait… parce qu’en fait, elle n’existe déjà pas avant, c'est-à-dire quand elle vibre. J’ai regardé ma guitare, j’ai essayé de comprendre, j’ai senti perler la première goutte de sueur froide qui annonce les crises d’angoisse, et j’ai décidé d’aller prendre l’air avant de faire un truc insensé, comme manger la revue.

 

 

 

DCCCLXIV – Et si je te dis qu’en faisant un La, un Ré ou un Fa dièse, la microcorde elle génère les bases de la matière, et donc à terme, par corrélation, de la conscience, tu comprends pourquoi le premier truc que j’ai fait en sortant prendre l’air a été de foncer au bistrot.

 

 

 

DCCCLXV – D’un autre côté, cette histoire de vibrations qui créent de la matière, ça signifie que si la pierre philosophale existait, elle ressemblerait plus à un biniou philosophal ou à un xylophone qu’à un caillou.

 

 

 

DCCCLXVI – Effectivement, à bien regarder les derniers succès musicaux du P.A.F., il semble qu’à l’aide d’instruments de musique, des gars aient réussi à faire de l’or avec de la merde. Les trucs philosophaux, c’est bien par là que ça se passe.

 

 

 

DCCCLXVII – Alors oui, j’entends bien les voix qui disent que dans les plus-values du fils Lagardère, y a rien de musical. Faux : quand il te dit dans le blanc des yeux qu’il est incompétent et pas malhonnête, il te joue du pipeau… philosophal, certes, mais du pipeau.

 

 

 

DCCCLXVIII – J’ai entendu dire qu’on pouvait perdre ses indemnités de chômage consécutivement aux refus de trois offres d’emplois acceptables. Aucun soucis en ce qui me concerne, avec un profil de prof d’arts plastiques sans CAPES ou de traducteur formé sur le tas, même des offres d’emplois refusables, on en voit jamais la couleur.

 

 

 

DCCCLXIX – C’est en réveillant à bord d’un landau mes deux acouphènes simultanément qu’un petit d’homme m’a fait réaliser qu’à peine sorti de son œuf, et avant de pouvoir à proprement parler interagir avec son environnement, l’homo sapiens possède déjà un pouvoir de nuisance effroyable.

 

 

 

DCCCLXX – J’insiste, parce que la question a de quoi susciter une foi authentique. Je veux dire, la nature fait parfois mal les choses, mais jamais au-delà d’une certaine mesure. Qu’un truc aussi petit puisse gueuler aussi fort, c’est pas naturel : c’est forcément une punition divine.

 

 

 

DCCCLXXI – Qui plus est, certains esprits pervers poussent le vice jusqu’à leur offrir des trompettes en plastique. Félicitations, Einstein, tu viens d’offrir la bombe H à Néron.

 

 

 

DCCCLXXII – Intéressant de noter subséquemment que le premier truc qu’un homo sapiens est en mesure de te signifier clairement dans sa vie, c’est son mécontentement. Tu vois tout de suite à quel genre de bestiau tu seras confronté par la suite.

 

 

 

DCCCLXXIII – Arrêtez d’anthropomorphiser le règne animal avant le ridicule. Cessez de regarder en hiver les pauvres petites boules de plumes givrées sur les branches avec un pincement au cœur. C’est vous qui avez le nez qui coule… vous avez déjà entendu un oiseau tousser ?

 

 

 

DCCCLXXIV – L’existence étant vicissitude par nature, « jamais » est un mot dépourvu de sens. Au mieux, peut-on se dire le jour où un individu portant un col romain se prend d’envie de venir déclamer de la poésie latine au chevet du lit, que « ça ne va pas tarder à être jamais ».

 

 

 

DCCCLXXV – Les « cuisines spatial » ; dès l’intitulé, ça sent la menace extraterrestre, mais quand tu vois le nombre de fois qu’ils peuvent t’appeler dans le mois pour essayer de t’en fourguer une, il n’y a plus de doute possible : extraterrestre ou pas, l’invasion a déjà commencé.

 

 

 

DCCCLXXVI – Il faut dire que chez les commerciaux des cuisines bidules et des fenêtres machin, on a pas attendu de me lire pour décréter que le mot « jamais » était dépourvu de sens, surtout dans la bouche d’un gars qui ne t’a pas encore raccroché au nez.

 

 

 

DCCCLXXVII – L’histoire réelle qui illustre bien le truc, c’est ce type qui m’a suivi une demi heure en Inde, pour me vendre un truc, et qui quand je lui ai dit « Don’t you know that no means no ? », m’a répondu du tac au tac « Don’t you know that no means maybe ?  ».

 

 

 

DCCCLXXVIII – Du coup, je me suis tellement fendu la gueule que je lui ai acheté sa saloperie de baume à la graisse de Yak : la triple humiliation. 1) Il m’a philosophiquement cassé en une phrase, 2) il a eu ce qu’il voulait, et 3) j’ai pué le Gnou népalais pendant huit jours.

 

 

 

DCCCLXXIX – Entretien planté pour LE job en or. Eh ben en vrai, c’est vachement moins drôle que mes entretiens fictifs plantés chez Carambar ou l’almanach Vermot.

 

 

 

DCCCLXXX – Seuls ceux d’entre vous qui auront réussi au moins une fois dans leur vie l’improbable exploit consistant à se coller un chewing-gum dans les cheveux ont une chance de comprendre en mes termes à quel point le mauvais Karma peut être un problème persistant dans le temps.

 

 

 

DCCCLXXXI – Le paradoxe de l’entretien d’embauche, c’est que c’est toujours celui dont tu n’as que foutre que tu as objectivement le plus de chances de réussir.

 

 

 

DCCCLXXXII – La lassitude est un sentiment quantique. Comme l’univers, elle semble pouvoir se dilater, et s’étendre au-delà du visible, sans jamais craquer et se déchirer comme une vieille toile.

 

 

 

DCCCLXXXIII – Allez, au pieu. Ce soir encore, comme mentionné en DCCCLI, je vais prier un Dieu différent de celui des autres soirs, histoire d’avoir une chance d’être entendu du bon… le fameux « bon Dieu ».

 

 

27.03.2008

Seizième fournée

         -OPUS SEIZIEME-

 

 

 

 

 

 

 

DCCLXXIV – Les établissements Tussot-Gilberts vous souhaitent la bienvenue. Nous avons conscience que pour une entreprise de pompes funèbres, cette accroche n’est pas forcément la plus pertinente, mais c’est l’intention qui compte.

 

 

 

DCCLXXV – Encore heureux pour pas mal de monde que l’hypocrisie ne figure pas à la liste des péchés dits « capitaux ». Je pensais aux individus qui ont réservé la maison d’un petit vieux en viager et qui lui téléphonent tous les ans pour lui souhaiter une bonne année… et surtout une bonne santé.

 

 

 

DCCLXXVI – Par extension, encore heureux pour un peu tout le monde… ce serait un beau bordel aux enfers.

 

 

 

DCCLXXVII – Ce matin, j’ai vu un jeune, la quinzaine tardive, doté d’une structure capillaire laissant à penser que son père avait fauté avec une poule. Il portait à la bouche une manière de tétine lumineuse fluo qui clignotait. J’ai soudain compris ce que c’était que vieillir pour de vrai.

 

 

 

DCCLXXVIII - H.W. : Tu sais quoi, le petit, si on en a un, pour faire des économies sur les anniversaires, j’ai une idée du tonnerre… Une pinata en béton.

                       - Me W. : En plus, ça peut resservir tous les ans.

 

 

 

DCCLXXIX – Les établissements Tussot-Gilberts ne vous souhaitent pas la bienvenue puisque c’est inapproprié, mais on est quand même content de vous voir, surtout si vous optez pour le marbre… non, ça détonne encore.

 

 

 

DCCLXXX – Youpi ! Avec les établissements Tuss… Oh et puis flûte.

 

 

 

DCCLXXXI – Insomnie une nuit de pleine lune. Ca pourrait être le début d’un passionnante histoire, si la cause première de cette insomnie était autre qu’une série d’emmerdements à peu près aussi ennuyeux que les vôtres.

 

 

 

DCCLXXXII – Je peux pas m’empêcher de repenser à cette nouvelle de Buzzati, dans laquelle un chasseur de vieux se rend soudain compte dans une glace qu’il en est devenu un. Jeune, je me demandais pourquoi certains vieux me regardaient comme un extraterrestre…Rhaaa, cette tétine lumineuse… mais prévenez la N.A.S.A, quoi !

 

 

 

DCCLXXXIII – De la vie intelligente ailleurs dans l’univers ? Statistiquement, pourquoi pas… De la vie intelligente ici ?? Alors… ne nous perdons pas en conjectures, voulez-vous ?

 

 

 

DCCLXXXIV – De la vie intelligente dans ces pages ?... Dédé, j’en tiens carrément un qui a bu !

 

 

 

DCCLXXXV – Les établissements Tussot-Gilberts vous disent un truc bien. On sait, formulé comme ça, c’est un peu étrange, mais quoi qu’on dise d’autre, on va passer pour des gros hypocrites.

 

 

 

DCCXXXVI – La toux grasse prolongée est aux perspectives d’avenir ce que le nuage ourdissant une foudre est au gars qui sieste sous la futaie : s’il fallait miser du fric sur l’issue de l’histoire, y aurait pas grand monde pour parier gros.

 

 

 

DCCXXXVII – Je ne suis pas particulièrement « échaudé » par la perspective de la mort. Par définition, d’ailleurs, la mort est plutôt un truc qui aurait tendance à refroidir.

 

 

 

DCCXXXVIII – D’ailleurs, rien que d’y penser, on se caille une meule. Je vais aller mettre une laine, ça fera toujours une pensée d’écrite à peu de frais.

 

 

 

DCCXXXIX – Les nuits de pleine lune sans sommeil. Le blues que tu trimballes, quand t’es pas un loup-garou…

 

 

 

DCCXC – Des étoiles blafardes, accrochées aux extrémités de tiges de fer tordues, érigées comme d’improbables potences. Des trottoirs et des murs qui répercutent le ronronnement bleu marine des échos nocturnes. Ma ville.

 

 

 

DCCXCI – C’est typiquement l’heure où il convient d’adjoindre à la laine évoquée plus tôt, une décoction chaude générique ; n’importe laquelle, pour peu qu’on puisse mettre du whisky dedans.

 

 

 

DCCXCII – Un café, par exemple.

 

 

 

DCCXCIII – Qui vient de dire « Et si tu y adjoints un Lexomil, tu découvriras le yoga irlandais » ?... Montre-toi, homme de sciences !

 

 

 

DCCXCIV – Huit heures du matin en plein redoux, le pull remonté par delà la péninsule mentonnière ; le bonnet engloutissant la latitude des oreilles… Je ne suis plus qu’un nez affrontant l’adversité.

 

 

 

DCCXCV – Dans la vraie vie, mes comportements ne sont pas toujours plus intelligibles ou interprétables que les propos tenus ici. L’observateur en arrive souvent à des propositions ambivalentes, du type : « Quand on voit des dents dans sa barbe, ou il est content ou il est fâché ».

 

 

 

DCCXCVI – Et parfois, pour compliquer la donne, je me rase la barbe.

 

 

 

DCCXCVII – La famille Tussot-Gilberts a la douleur de vous faire part de la disparition d’Astrypion Tussot-Gilberts, le patriarche, qui vient bien malgré lui de trouver un moyen original d’enrichir, en tant que client cette fois, le patrimoine de l’entreprise familiale.

 

 

 

DCCXCVIII – Ah tiens, mon envie de gueuler « au secours » de deux heures du matin. Côté angoisses, je commence à être réglé comme une Patek Philippe présidentielle.

 

 

 

DCCXCIX – Une idée en entraînant une autre, il paraît que le président n’a de cesse d’améliorer ses temps en jogging. A ce train là, on le verra décrocher une médaille en chocolat aux J.O. paralympiques avant qu’il n’ait redressé le budget de la France.

 

 

 

DCCC – Après le chômage, il se passe quoi, exactement ? Ah, on rebosse ? La redondance est un peu décevante. Je me disais : « peut-être il se passe un genre de troisième truc mystérieux, qui évite les répétitions existentielles superflues ».

 

 

 

DCCCI – Ah, le troisième truc mystérieux, c’est plus tard et c’est la mort. Oui… alors moi je voyais un troisième truc moins mystique, mais si je réitère dans le genre « verbalisation de ma déception », il va encore y en avoir pour dire que je suis jamais content.

 

 

 

DCCCIII – Tiens, mon oto-rhino m’a recommandé d’aller faire une radio des sinus. Eh ben tu vois, toi qui voulais du mystère et du frisson avant tes soixante dix ans… petit veinard.

 

 

 

DCCCIV – L’éthique médicale devrait interdire qu’on tende une ordonnance pour une radio à un hypocondriaque : c’est du sadisme.

 

 

 

DCCCV - On devrait lui faire la radio par surprise, genre paparazzo du rayon X : tiens, regarde là-bas, un pianiste en deltaplane, voilà, respire plus, le petit oiseau radioactif va sortir.

 

 

 

DCCCVI – Misère.

 

 

 

DCCCVII – Je demanderais volontiers à un lettré de noter la concision de la pensée précédente, pour la postérité.

 

 

 

DCCCVIII – Une artériole de Paris est nommée Rue des martyrs. Les gens qui l’ont ainsi baptisée étaient dotés, il faut croire, d’un grand sens de l’objectivité… au préjudice sans doute d’une certaine joie de vivre.

 

 

 

DCCCIX – Dans le dernier rêve dont je me souviens, j’étais sur le point de m’emparer du monde, à la tête d’une armée de castors empaillés. L’idée était : « un castor empaillé bien lancé, ça peut faire des ravages ».

 

 

 

DCCCX – Si je me rappelle bien, je crois que j’avais réussi à embarquer un ami dans l’aventure, dans la mesure où je sentais confusément que mon plan était un peu foireux, et dans la mesure où je ne voulais pas crever tout seul.

 

 

 

DCCCXI – Dans la pratique, j’ai peur de ne pas atteindre l’âge auquel on commence d’ordinaire à s’entourer de trucs empaillés pour se familiariser en extérieur à l’atmosphère des caveaux.

 

 

 

DCCCXII – Le rythme de parution de ce foutoir est, je m’en rends compte, très révélateur de mes habitudes. Quand il y trois semaines d’écart entre deux fournées, c’est que je suis au chômage. Quand il y a trois mois, c’est que je bosse. Si jamais 50 ans passent entre une fournée et celle qui ne vient pas, c’est que je dois être en train d’expérimenter un truc mystérieux et mystique, dont je suis dans l’incapacité de vous entretenir.

 

 

 

DCCCXIII – Trente, c’est six fois cinq. Trente plus cinq, ça fait trente cinq. Eh ben à cinq mois de trente cinq ans, j’ai enchaîné cinq mois de chômage et j’ai pris cinq kilos. Je serais numérologue, je commencerais à haïr le chiffre cinq.

 

 

 

DCCCXIV – J’ai déterminé d’après un calcul rapide que je serai en droit de prendre ma retraite à quatre-vingt dix huit ans et onze mois. J’ai toujours été nul en maths… eh ben tu vas voir que la seule fois de ma vie où je ne me serai pas planté dans mon calcul, ce sera pour celui-là

 

 

 

DCCCXV – Un rapport de sociologie tout ce qu’il y a de plus sérieux démontre clairement la relation entre l’échec, la violence dans le cadre scolaire et la surpopulation des lycées. Dont acte : le gouvernement supprime 5000 postes de profs.

 

 

 

DCCCXVI - Dans un futur proche, n’allez jamais vous demander pourquoi vos enfants ou petits enfants ont moins de trente mots de vocabulaire et le quotient intellectuel d’une méduse commune : bon nombre d’entre vous auront voté pour ça.

 

 

 

DCCCXVII – Il paraît que mon côté cassant vis-à-vis de tout ce qui m’énerve est assez typiquement français. En tant que personne, je n’ai rien à ajouter à mes déclarations précédentes, mais en tant que Français, depuis que « mon » président a déclaré que sur le terrain éducatif, « l’enseignant ne vaudrait jamais le curé », je me dois de présenter des excuses aux extrémistes religieux du monde entier, eu égard à mes propos blessants et aux leçons de vie déplacées que je me suis cru en droit de leur infliger.

 

 

 

DCCCXVIII – Il est d’ailleurs question d’un « remaniement » de la loi de 1905 sur la laïcité. Fatiguant ? Inintéressant ? Pas la peine d’ouvrir un dictionnaire pour trouver le sens du mot laïcité : ça vous reviendra d’un coup quand vous paierez de nouveau la dîme.

 

 

 

DCCCXIX – A partir de là, la question qui se pose est : « Et si les castors n’étaient pas jetés à la main, mais catapultés vers l’Elysée, à l’aide d’un genre de mortier, depuis une forêt, afin de camoufler le lanceur ? »… genre guérilla …

 

 

 

DCCCXX – Le signe de la victoire totale du petit Nicolas, c’est que même moi, malgré les promesses que je me fais intérieurement à chaque opus, je cause de lui presque autant que les médias, et c’est précisément ce qu’il cherche.

 

 

 

DCCCXXI – Vivement que le parti mou se présente en 2012 et qu’on me file un ministère avec l’oreiller en guise de maroquin. Je vous promets solennellement de faire beaucoup mieux que mes prédécesseurs : c'est-à-dire que je ne foutrai rien, mais à la puissance dix.

 

 

 

DCCCXXII – Et croyez-moi, ne rien faire, c’est bien mieux pour votre sécurité que de prendre de brillantes initiatives comme supprimer 5000 postes dans l’enseignement.

 

 

 

DCCCXXIII – Dérapages surréalistes et morale : comment se situer ? Vous avez retrouvé vos pantoufles dans le micro-ondes : vous êtes un peu alcoolo : c’est grave mais c’est commun. Vous avez retrouvé vos hamsters au congélateur, des bâtons d’esquimaux dans le fondement : vous êtes un psychopathe… c’est beaucoup plus grave, mais société aidant, ça devient également assez commun.

 

 

 

DCCCXIV – Le paradoxe du termite : voilà un engin qui fabrique sa maison en la bouffant… inouï.

 

 

 

DCCCXXV – Education et hygiène alimentaire en une phrase : quand c’est bon, c’est caca ; dès que c’est fade et que ça donne envie de se pendre, tu peux y aller, ça fait vivre vieux.

 

 

 

DCCCXXVI – Ethique des plaisirs à caractères festifs en une phrase : se reporter à la pensée précédente.

 

 

 

DCCCXXVII – La vie est un peu à l’image de certains repas, où l’on se gausse discrètement, pour la posture, de la médiocrité des mets présentés. Repas aux termes desquels on demande quand même à la maîtresse de maison si on peut emporter un doggy-bag.

 

 

 

DCCCXXVIII – En résumé, on passe toute sa vie à persuader son psy ou son médecin que ça va mal, et quand le curé arrive pour l’extrême onction, on a envie de le persuader que ça va bien, en fait.

 

 

 

DCCCXXIX - …Et quand je te dis que je pète la forme, c’est pas la peine de me répondre en latin, Darth Vader, rentre chez toi, je te dis...

 

 

 

DCCCXXX – C’est comme ça… certaines personnes ou entités personnifiées, genre la Camarde et ses affiliés, refusent systématiquement de comprendre que quand c’est non, c’est non.

 

 

 

DCCCXXXI – Dans un genre voisin, une certaine Sophie Fontaine qui avait plusieurs voix, dont une d’homme qui faisait exprès de parler aigu, m’a téléphoné sept fois ce mois pour me demander si je n’étais pas intéressé par des fenêtres double vitrage.

 

 

 

DCCCXXXII – Et pour finir comme on commence, il y a les établissements Tussot-Gilberts… Eux, ils ont un argument massue : « Mais monsieur, puisqu’on vous dit qu’un jour, vous aurez forcément besoin de nos services »…

 

 

12.02.2008

Quinzième fournée

         -        OPUS XV-

 

 

 

 

 

DCCXXIII - Les amateurs de nanars modernes doivent se souvenir de « mimic », ce film dans lequel une variété de « gros insectes » évolués, mais parfaitement dépourvus de morale et mus par leur seul instinct de survie finit par muter et ressembler à des hommes pour mieux piéger et bouffer ces derniers. A bien vous regarder dans les transports en communs à la faveur des dernières grèves, j’en viens à me demander s’il s’agissait d’un film de science-fiction ou d’un documentaire contemporain.

 

 

 

 DCCXXIV - Force m’est de constater que les textes de l’apocalypse sont incomplets. A côté des Léviathans, Béhémoths et autres improbables créatures, je ne trouve aucune mention du jeune de 18 ans qui a mis sous mes yeux deux coups d’épaule à une grand-mère avant de lui marcher dessus pour grimper dans la rame.

 

 

 

DCCXXV - La route des enfers est pavée de bonnes intentions. Oui… mais pas que...

 

 

 

DCCXXVI - Tiens un jeu marrant, avec un chiffre dont je ne précise pas la nature, un adjectif et un nom, je vous propose de deviner quel personnage célèbre j’évoque. 172 – petit emmanché. Je suis certain que ça vous parle.

 

 

 

DCCXXVII - Allez, un petit indice : le personnage en question veut organiser à titre de contre manifestation une « marche nationale contre les privilèges ». Son copain Bolloré, sur le Yacht duquel il passait dernièrement ses vacances, doit en faire caca bleu de peur dans son caleçon en poils de truc rare.

 

 

 

DCCXXVIII - C’est moi ou il commence vraiment à manquer un genre de fraction armée rouge, dans ce pays ?

 

 

 

DCCXXIX - C’est moi ou je commence à devenir vaguement réac’, voire facho, derrière mes allures de libertaire hirsute ?

 

 

 

DCCXXX - Le pire avec les salauds, c’est qu’il vous transforme en pire qu’eux, et en moins de temps qu’il n’en faut pour épeler le mot « kalachnikov ».

 

 

 

DCCXXXI - Ne pas oublier « nada »… ne pas oublier… « Le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique, quoi que tous mobiles soient incomparables, sont les deux mâchoires du même piège à cons ». Ne pas oublier, sinon mon âme est foutue.

 

 

 

 

DCCXXXII - Quand je pense que le gars de la devinette vous a fait marcher dans la rue contre des prolos qu’il vous présente comme des privilégiés… et après ça, on se demande encore comment un autre nabot célèbre a pu faire marcher tout un peuple au pas de l’oie.

 

 

 

DCCXXXIII - C’est moi ou l’humanité a tendance à avoir des érections incontrôlées et des raideurs dans le bras chaque fois qu’un nain teigneux s’empare d’un micro ?

 

 

 

DCCXXXIV - Encore une comme ça qui ne changera rien à rien et je passe une super sale nuit en m’étant encore énervé tout seul… Flegme britannique, j’en appelle à ta force, je t’invoque, puissant John Cleese, habite-moi… « And now, for something completly different ».

 

 

 

DCCXXXV - Je causais cet après-midi avec une copine de ma mère, astrophysicienne. Elle connaît Hubert Reeves en vrai et m’a proposé de le  rencontrer, à l’occasion. J’ai failli laisser un paquet honteux au fond de mon caleçon en poils de truc pas rare.

 

 

 

DCCXXXVI - J’ai une inclinaison naturelle à ressentir un petit pincement au cœur, face aux exclus et aux mal-aimés. Enfin, si c’était si vrai que ça, là, je ressentirais une sympathie franche et sincère pour le petit Nicolas S., eu égard à sa cote de popularité… eh ben non.

 

 

 

DCCXXXVII - C’est un fait scientifique établi : on arrive tous des étoiles. Il vient de là ce sentiment de nostalgie incompréhensible qui nous étreint certaines nuits quand on lève les yeux au ciel. Ca a le parfum de la maison qui nous a vu naître et dans laquelle on ne retournera jamais.

 

 

 

DCCXXXVIII - En d’autres termes, on est tous des immigrés cosmiques. Entre immigrés, on devrait s’entendre. Penses-tu…

 

 

 

DCCXXXIX - La vie, c’est un peu comme un pudding au caca : à priori, l’intitulé est peu engageant, mais si y a plus que ça à bouffer, forcément… au bout d’un moment…

 

 

 

DCCXL - Alors oui, dans la pratique, la vie est comme une boîte de chocolat, y en a des bons et des mauvais, gnagnagna... La vie telle que je la vois n’est une boîte de chocolat que pour les gens qui sont allergiques au chocolat.

 

 

 

DCCXLI - Ah ! J’entends un rigolo qui dit « et si je suis pas allergique au chocolat ? ». C’est pas grave, continue de faire le malin : un jour, tu seras le plus malin du cimetière, comme tout le monde.

 

 

 

DCCXLII - Une copine un peu mystique de la personne qui a eu le bon goût de me mettre au monde a tenté de me rassurer, en me causant karma et vies antérieures. A la question « pourquoi ne se rappelle-t-on de rien ? », elle m’a répondu « c’est comme ça, c’est pour purger, passer à autre chose ». Du coup, c’est un peu comme si on crevait quand même, tout connement, non ?

 

 

 

DCCXLIII - Et dans le fond, est-ce que c’est vraiment rassurant de savoir qu’on est destiné à canner à mille reprises, quand c’est déjà si dur de le faire rien qu’une fois ?

 

 

 

DCCXLIV - Il paraît qu’on garde toutefois dans le caractère des traces de nos vies précédentes. Dans mes vies antérieures, côté « mystique générale », je devais déjà être un gars vachement sceptique.

 

 

 

DCCXLV - Je me demandais aussi comment j’avais pu devenir aussi misanthrope en une seule vie. Maintenant, je m’explique ça en me disant que j’ai peut-être appartenu à quarante espèces menacées d’extinction par l’activité humaine.

 

 

 

DCCXLVI - C’est là que j’en viendrais à me demander quel genre de sale bête j’ai pu être pour être condamné à vivre parmi les humains, sachant que par définition, la seule créature en ce bas monde qui mérite authentiquement l’appellation de sale bête, c’est précisément l’humain.

 

 

 

DCCXLVII - Remarque : il n’est pas impossible d’établir une corrélation entre les deux pensées précédentes. Elles sont même parfaitement compatibles, si on considère que la première espèce menacée d’extinction par l’homme, c’est également l’homme.

 

 

 

DCCXLVIII - Petit, j’étais plutôt jovial ; l’aigreur est venue avec l’âge. Si on garde des traces de ses vies antérieures, la prochaine, je vais carrément naître aigri.

 

 

 

DCCXLIX - C’est un genre de charnier d’objets de consommation. Conglomérat de clopes éventrées, de débris de papiers abscons, de mégots patibulaires écrasés dans des emballages de junk-food, au milieu desquels trône une bouteille de Smirnoff ice soudée au bureau par le sucre séché de ses dégoulinures. Me Wladymeer a pris ses quartiers d’hiver en sa terre natale de Castille : pour quinze jours, il fait nuit même le jour.

 

 

 

DCCL - Remarque, tout s’équilibre, au bout du compte. La veille du quinzième jour, pour terminer le ménage en temps et en heure, il fera jour même la nuit.

 

 

 

DCCLI - Je regardai aujourd’hui au hasard d’un trottoir sale les reflets marmoréens et changeants d’une flaque d’huile. Par chez nous, on a les aurores boréales qu’on peut et la poésie qu’on a les moyens de s’offrir.

 

 

 

DCCLII - Les Chinois, et maintenant, Khadaffi. Bof, pas la peine que je me creuse à rédiger, vous avez tout de suite vu où je voulais en venir.

 

 

 

DCCLIII - J’allais pondre un truc en rapport avec la démocratie et le plus vieux métier du monde, mais à l’instant, c’est une grosse lassitude éthylique qui est bien partie pour l’emporter.

 

 

 

 

DCCLIV - Il faut dire qu’au prix d’un effort violent en mes termes, j’ai réussi à dessouder la bouteille du bureau. Il en restait dedans et j’avais pas de paille.

 

 

 

DCCLV - Quizz du misanphilanthrope 2 : quel genre d’angoissé êtes-vous ? Dans la phrase « Monsieur, vous êtes convoqué chez la présidente Bleuaine de Bréchet-Trabant, eu égard à vos résultats médiocres », l’élément angoissant est :

a)- Un truc freudien indéfinissable vaguement apparenté à une peur de castration.

b)- Qu’on ne choisit pas ses parents et que vous auriez pu avoir un nom aussi ridicule que le sien.

c)-Qu’il flotte autour de votre avancement une fragrance persistante de sapin.

Réponses a,b et c : si vous appartenez à la catégorie socioprofessionnelle permettant de fréquenter de près une personne avec un nom du type Bleuaine de Bréchet-Trabant, vos angoisses, je m’en fous complètement.

 

 

 

DCCLVI - C’était une question piège, haha, la bonne réponse était la réponse d)-Que vous vous tamponnez le coquillard des humeurs de la Bréchet-Traban, mais que vous allez crever un jour et que ça, pour le coup, c’est emmerdant.

 

 

 

DCCLVII - Quel que soit votre résultat au test précédent, je vous recommande l’application du treizième précepte du taoïsme post-confucianiste intitulé « on se calme et on boit frais ».

 

 

 

DCCLVIII - Si un abus du treizième précepte venait à engendrer une résultante du type ulcère, je vous recommande l’application du précepte quatorze intitulé « on se calme tout court ».

 

 

 

DCCLIX - Et si ça ne vous va toujours pas, il y a bien le quinzième principe intitulé « Tu veux une baffe histoire de pleurer pour quelque chose ? », mais c’est un rien aride, comme lecture.

 

 

 

DCCLX - Sur la portée universelle, entre deux notes, la respiration d’une fraction d’éternité qui passe : un silence. Toute musique est musique des sphères.

 

 

 

DCCLXI - En général, quand j’en suis au point de pondre des trucs ressemblant à la pensée précédente, c’est que j’avance à grand pas vers une gueule de bois cubique. Ca fait un pour les sphères et un pour les cubes… égalité.

 

 

 

DCCLXII - Alors, l’univers, ça serait un genre de truc principalement composé de grosses masses d’information et d’entropie, s’enchevêtrant dans un système qui tend vers la stabilité, via des déséquilibres permanents. En termes intelligibles, c’est un beau bordel.

 

 

 

DCCLXIII - Encore heureux que nos amis créationnistes sont là pour nous dire que c’est pas grave si on comprend pas tout, vu que tout ça, c’est le boulot de Dieu, et qu’eux sont là pour te faire les commentaires. Forcément, là, pour eux, c’est même mieux si on comprend pas tout…

 

 

 

DCCLXIV - Un musée créationniste américain présente une statue façon Grévin de Moïse, qui cause comme Yasser Arafat, et batifole au milieu des dinosaures. C’est dire si c’est mieux que tu comprennes pas tout, voire même que tu sois pas trop curieux des détails…

 

 

 

DCCLXV - Les créationnistes ont d’ailleurs leurs propres écoles, là bas. C’est un peu comme si ici, on avait laissé Gilbert Bourdin ouvrir une école dans laquelle il aurait enseigné à nos enfants comment piloter un vaisseau pour chasser les Lémuriens aux côtés de la Sainte Vierge, avec un laser tantrique du futur offert par Bouddha.

 

 

 

DCCLXVI - Note, moi ça me tentait plutôt, cette histoire de vaisseau et de combats spatiaux, jusqu’au moment où j’ai compris que c’est le Gourou qui pilote, pendant que toi, tu l’encourages dans une grande transe mystique au cours de laquelle tu tournes sur toi-même en bavant. Là, même bourré, j’ai flairé l’embrouille.

 

 

 

DCCLXVII - Pourtant, je lui ai laissé sa chance : je lui ai dit au gars, « tu sais pas à qui tu parles, mec, je suis un geek, mon enfance, c’est Albator ; montre-moi l’ombre d’un vaisseau spatial et je te promets de tourner tellement vite sur moi-même que la force centrifuge expulsera mon bridge de ma bouche »… eh ben macache.

 

 

 

DCCLXIX - Ceux d’entre vous qui sont les plus respectueux des usages auront remarqué que je ne vous ai pas encore souhaité la « Bonne année ». C’est parce que l’année qui vient ne sera pas une « bonne année ». Rien de personnel.

 

 

 

DCCLXX - Alors, objectivement, c’est vrai que la pensée précédente n’est pas une vérité pour tout le monde. Comment puis-je alors affirmer qu’elle l’est pour vous. En fait, je pars du postulat que les privilégiés en mesure de passer une bonne année à notre époque ne me lisent pas. Les cioranneries du petit peuple, ça vous gâte une sauce Gribiche.

 

 

 

DCCLXXI - L’obus de 120 millimètres est aux perspectives d’avenir ce que le cor de chasse est au pipeau : si on transfère ça dans un contexte sonore, il est évident que le son de l’un empêche de percevoir le son de l’autre.

 

 

 

DCCLXXII - La détresse d’autrui a quelque chose d’insupportable, même quand on n’est pas altruiste. On aimerait tellement qu’autrui aille bien pour être en mesure de s’épancher sur notre petite détresse personnelle.

 

 

 

DCCLXXIII - Bon, c’est l’heure à laquelle les voix de Morphée et de Bacchus portent plus que celle de Phil Anselmo malgré le volume : bonne nuit Nicolas, bonne nuit Pimprenelle… Tiens, la sonnette ? Ah, ça porte un uniforme et ça cause tapage… euh… Bonne nuit Nounours ?

 

30.11.2007

Quatorzième fournée

        - OPUS QUATORZIEME -

 

 

 

 

 

 

 

DCLXX - Fut un temps où dans une certaine mesure, ce que tu gagnais à bosser trois jours par-ci (ou par-là) n’était, en dessous d’un certain plafond, pas déduit de tes indemnités chômage. Aujourd’hui, si tu bosses, tant mieux pour toi, tout est soustrait de ce que tu touches en ayant légitimement cotisé pour. Au temps pour la « France qui travaille plus pour gagner plus ».

 

 

 

DCLXXI - Je commence à me dire que je vais faire partie de la « France qui ne se lève pas pour gagner la même chose ».

 

 

 

DCLXXII - A quoi voit-on qu’un individu est en train de vous bourrer le mou, derrière une apparente hyperactivité à votre service. Résoudre les problèmes que notre Président doit résoudre, c’est trois jobs à temps plein. Se montrer autant qu’il le fait, c’est trois autres jobs à temps plein. En dehors d’une pieuvre employée au tri postal, personne ne fait correctement six jobs à plein temps simultanément.

 

 

 

DCLXXIII - Manifestement, l’état n’a pas encore prévu de régler nos problèmes de dettes en allant prendre le pognon là où il est. Bolloré ne prêterait pas son Yacht à un type qui s’apprête à lui chier dans les bottes.

 

 

 

DCLXXIV - Alors c’est sûr, nous regarder côte à côte le père Bolloré et moi, ça fait un peu vieux cliché du pauvre qui ronchonne à côté du riche qui se marre. Faut voir le positif : la France d’avant et la France d’après vont pouvoir marcher main dans la main. Plus tranquille que ça, une « rupture » ça s’appelle une « continuité »… oui, je sais, normalement, c’est antonymique.

 

 

 

DCLXXV - Maintenant que j’ai tapé mon quart d’heure de colère, on va pouvoir reparler de tout et de n’importe quoi, en allant du génie du créateur aux mœurs de la mouche à merde de nos contrées… Nous éviterons cependant dans un souci qualitatif d’évoquer tout ce qui se situe en dessous de la mouche à merde sur l’échelle de l’évolution ; c'est-à-dire qu’il ne sera plus fait mention des politiciens, je vous le promets.

 

 

 

DCLXXVI - Ca fait trois fois que j’écris un truc et que je l’efface dans la minute, et ça n’a rien à voir avec la nullité du propos : la nullité ne m’a jamais arrêté dans mon geste. C’est plutôt éthique. Je crois bien que je me suis chopé un truc incurable… des scrupules.

 

 

 

DCLXXVII - Et pourtant, il a bien raison, celui qui a dit « mieux vaut en rire que de s’en foutre ». Je crois que l’histoire, c’est qu’il n’est interdit de rire de rien, tant qu’on sait rire de certains trucs seul, dans une pièce insonorisée.

 

 

 

DCLXXVIII - Alors, je sais que dans l’expression « déclaration universelle des droits de l’homme », il y a le mot « universelle », et qu’en regardant l’état du monde, certaines personnes se demandent où est-ce qu’elles ont raté un truc. En fait, c’est juste que les droits de l’homme ne sont pas des droits opposables. C’est juste des droits… comme dans « t’as le droit de te taire ».

 

 

 

 

DCLXXIX - En plus, avant de parler de déclaration « universelle » des droits de l’homme, il aurait déjà été bon de pondre une déclaration « mondiale » ; les extraterrestres, on s’en occupera le jour où on en verra… Parce que pour l’instant, rien que sur terre, on n’a manifestement pas tous lu le même truc ou alors certains pays ont traduit la déclaration avec Google.

 

 

 

DCLXXX – De plus, je ne dois pas être le seul à sauter un passage que je ne comprends pas, or dans la fameuse déclaration, le doute peut légitimement naître dès la première ligne. « Tous les hommes naissent libres et égaux en droits »… égaux à qui, à quoi ? Egaux à l’âge du capitaine ? Egaux à la somme du carré de l’hypoténuse et de la longueur de la médiane ? Autant commencer par « Tous les hommes arrêtent d’être cons dans la minute, surtout ceux qui dirigent »… ça laisse moins de place à l’équivoque.

 

 

 

DCLXXXI - … Aaaahh… égaux entre eux… c’est ça… Oui, vous pouvez toujours rigoler, n’empêche qu’en regardant bien l’état du monde, je ne suis manifestement pas le seul à ne rien avoir compris.

 

 

 

DCLXXXII - Par exemple, sous certaines latitudes, pour combler les incompréhensions, ils ont dû traduire par approximations, genre : « Ta femme naît libre et égale à la somme des côtés d’un carré, et c’est bien car les mathématiques sont une science exacte, mais si elle met sa bourca de travers, tu peux demander à tes potes de lui lancer des cailloux pour qu’elle meure »…

 

 

 

DCLXXXIII - Comme quoi de grandes souffrances procèdent parfois d’incompréhensions toutes bêtes, dans le fond.

 

 

 

DCLXXXIV - A leur décharge, il faut bien reconnaître qu’ils ne sont pas les seuls à ne rien avoir compris. Tenez, nous qui consommons plein de trucs « made in China », qu’est-ce qu’on y a compris, dans le fond, à la déclaration universelle des droits de l’homme ?...

 

 

 

DCLXXXV - Tiens… on dirait bien que c’est pas si incurable que ça, les scrupules.

 

 

 

DCLXXXVI - D’un autre côté, ça veut dire que ma prétendue « éthique du rire » mentionnée en DCLXXVI se trouve actuellement en vrac dans le vide-ordures. En même temps, ça faisait trois jours que je promenais avec mon éthique sous le bras et que je ne savais absolument pas quoi en foutre.

 

 

 

DCLXXXVII - En discutant avec un gars employé dans la production, j’ai appris que pas mal de boys bands avaient signé des contrats à 0.00000001%, et n’avaient à terme rien tiré financièrement de leurs quarts d’heures de gloire Warholiens, pourtant générateurs de mannes financières obscènes. Avant on disait « Pour cent balles t’as plus rien », maintenant on pourra dire « Vendre son âme au Diable, ça paye même plus son steak ».

 

 

 

DCLXXXVIII - En fait, en termes de production musicale, c’est surtout qu’une grosse partie de la manne financière susmentionnée sert à payer le steak du Diable, dans un premier temps. Un bestiau pareil, il te bouffe même le gras sur le steak, et l’assiette avec. Forcément, ça laisse peu de restes pour les merdaillons.

 

 

 

DCLXXXIX - Je viens de retrouver du boulot, en tant que « sculpteur-modeliste ». Chroniqueur-journaliste-prof de Français langue étrangère-illustrateur-traducteur-sculpteur : les pâtissiers-magiciens peuvent aller se rhabiller. D’un autre côté, mon prochain profil de demandeur d’emploi à l’ANPE, jusqu’alors « simplement chaotique », va devenir un authentique bordel de luxe.

 

 

 

DCXC - Tu me diras, à l’ANPE, le jour où il faudra remettre mon profil à jour, ça en fera toujours un qui ne sera pas payé à rien foutre. En une demi-heure, il va pouvoir poser un arrêt maladie pour surmenage.

 

 <