20.10.2008

Vingt et unième fournée

 

 

 

                            TOME SECOND

 

 

 

Note à caractère introductif - Il est un temps où tout homme d’esprit se sentant décliner après avoir tutoyé les sommets, doit savoir écouter la raison et renoncer aux applaudissements, aux vivats de la foule (oui, quatre personnes : forcément, sur les sommets, on croise peu de monde), et savoir s’effacer humblement, comme la vague atteignant le rivage ou comme le lapin explosant après avoir contracté la myxomatose. Usant de la sagesse séculaire qui est la sienne, Herald Wladymeer, puissent les anges du firmament chanter son nom, a décrété que ce temps, je cite : « …viendra plus tard ». Bravant d’un regard noble et altier les muses aux humeurs versatiles qui ont déserté sa demeure désormais vide d’inspiration, mais bravant également la crise, la hausse des cours du steak et par extension les cours en hausse, la chute du cours de l’intellect et par extension les cours en baisse, les intempéries, les avanies du sort, son taux de cholestérol, l’angoisse que lui inspire la calvitie des autres même s’il n’a aucun problème de cet ordre, la difficulté d’exister et les ratons laveurs, oui, bravant tout cela, Herald vient effectivement de déclarer au terme d’une phrase imbitable et très mal construite de pas loin de douze lignes, qu’il continuerait de perpétrer, je cite : « …à donf’ ». En tentant l’aventure périlleuse du second recueil, Wladymeer entend prouver à l’humanité que l’homme vient bien des étoiles, puisque sa bêtise, à l’instar de l’univers, est je cite : « …prodigieuse, abyssale, insondable » (fin de citation). Réjouis-toi, élu parmi les élus qui parcours ces lignes en cet instant glorieux, car elles vont changer ton existence : quand tu auras réalisé que tu perdais un temps précieux à les lire, tu feras n’importe quoi d’autre de ta vie, ce sera beaucoup plus constructif, et tu auras tiré de cet ouvrage un enseignement supérieur.

 

  

   « And now for something completly different »…

 

 

 

 

 

          

               - OPUS VINGT ET UNIEME -

 

 

 

 

 

MI – Pour commencer ce second recueil dans la droite ligne des habitudes de la maison, je me dois de procéder à un rectificatif… Je ne suis pas certain que la myxomatose fasse exploser les lapins : j’ai dit ça comme ça. Un peu comme le reste.

 

 

 

MII – Si l’expression « commerce équitable » prête à sourire, c’est que dans la pratique, conçu par l’homo sapiens, le commerce a statistiquement autant de chances d’être équitable que Benjamin Castaldi a de chances de décrocher un prix Nobel de philo.

 

 

 

MIII – L’Oréal, parce que je vaux bien qu’on torture des bestioles dans des labos de cosmétique ; parce que ma seule beauté justifie qu’on injecte du shampooing à des souris, et parce que derrière mes airs de poupée siliconée, j’ai un système frontal de vision binoculaire, qui au sein des mammifères détermine mon appartenance à la classe des prédateurs. Pigé ?

 

 

 

MIV – A toutes les braves bêtes dotées de bonnes tronches de victimes, la nature a donné un système de vision latéral, de façon à voir les prédateurs jusque dans leur dos. A nous, elle a donné une vision frontale, parce qu’avec nos tanks et nos fusils, on aurait eu l’air fins si on avait eu les yeux à la place des oreilles.

 

 

 

MV – En résumé, chez les mammifères, les proies ont les yeux sur le côté, et les prédateurs sur le devant. Ca confirme une règle qu’on connaît tous d’instinct : il faut se méfier de tout ce qui peut te regarder droit dans les yeux.

 

 

 

MVI – Et quand ça utilise que deux pattes sur quatre pour marcher, tu peux te méfier carrément huit fois plus.

 

 

 

MVII – Vous avez noté, dans la pub l’Oréal, la fille ne dit pas « parce que je le mérite bien », mais « parce que je le vaux bien ». Lexicalement parlant, la distinction est frappante.

 

 

 

MVIII – Et je n’ai jamais dit que ça avait un côté « deux cent la demi-heure ou mille cinq la nuit ; j’ai des frais en cosmétiques » ou vous avez la vue perçante, parce que c’était vraiment écrit tout petit entre les lignes.

 

 

 

MIX – Sur mon paquet de clopes, on peut lire « Fumar puede matar ». J’ai un vague idée de ce que ça raconte, mais je préfère penser que ça ne concerne que les Espagnols.

 

 

 

MX – De l’autre côté du paquet, il est question de fertilité, et ils n’ont pas tort. Moi qui songe parfois à ma descendance, j’ai peur qu’en l’état, mes spermatozoïdes refusent de s’installer dans un ovule dépourvu d’espace fumeur.

 

 

 

MXI – On n’est jamais aussi bien trahi que par ses amis. Vous avez tous un pote avec qui vous avez mêlé votre sang, à l’indienne. C’est lui qui trente ans plus tard est devenu le parrain de votre petit dernier… oui, celui auquel il vient d’offrir une trompette en plastique.

 

 

 

MXII – Dans son bureau, Me Wladymeer à des statuettes de fées très « hi hi hi ». Sur le mien, j’ai un buste de Spawn très « har-har-har ». Malgré les prétendues subtilités de nos psychés respectives, les archétypes de héros masculins ou féminins restent relativement prévisibles.

 

 

 

MXIII – Des fois j’écris des trucs et en me relisant le lendemain, je me dis : « c’est pas possible, t’as pas fait ça». Si je le publie par la suite, ce n’est que pour me morigéner publiquement d’avoir osé concevoir un truc pareil.

 

 

 

MXIV – Une expression populaire parle de « s’emmerder à cent sous de l’heure ». Dans la réalité des choses, si s’emmerder payait cent sous de l’heure, je serais multimillionnaire, à ce jour.

 

 

 

MXV – Modeler, sculpter, c’est vraiment un art de tricheur : tu prends des formes qui étaient déjà présentes dans l’espace, et juste parce que tu viens ajouter ou soustraire de la matière à cet endroit précis, tu dis : « Regardez, c’est moi qui l’ai fait ».

 

 

 

MXVI – Quand je ne sais plus quoi écrire, je me choisis une cible aléatoire dans l’appartement, et soumets arbitrairement à mon ire un objet de consommation, que je sacrifie sur l’autel du manque d’inspiration.

 

 

 

MXVII – Tiens, Le poulpe en peluche de Me Wladymeer qui est en train de faire une bise en peluche au hibou en peluche… Acquisition de la cible… Verrouillage… Ah, on m’avertit par oreillette que cette cible est protégée par l’O.T.A.N. et que tout mot d’esprit déplacé est susceptible d’entraîner des mesures de rétorsion…

 

 

 

MXVIII – Tiens, et ce personnage avec son déhanché raté, qui voulait ressembler au David de Michel-Ange et qui à l’air de faire le tapin… Ha non… ça, c’est ma dernière sculpture…

 

 

 

MXIX – Dans le genre frustrant, c’est encore pire que de ne pas savoir quoi écrire.

 

 

 

MXX – Tiens, l’écriture aussi, c’est vraiment un art de tricheur. Tu prends des mots qui existent déjà tous et tu fais rien qu’à les mettre bout à bout : eh ben fatalement, ça finit par faire des phrases…

 

 

 

MXXI – Et le dessin alors… Dans la feuille blanche, y a tout ce que tu pouvais y mettre ; toi, tu ne fais que choisir des traits dans l’infinité de traits que la feuille blanche propose, alors que si ça trouve, le trait invisible était encore mieux avant que tu ne l’aies « maladroitement décalqué ». C’est dire si le dessin est un art de tricheur : à la base, la feuille blanche dessine mieux que toi.

 

 

 

MXXII – Dessin, sculpture, gribouillage grammatical… Le jour où j’écris mon autobiographie, j’intitule ça « l’imposture comme posture ».

 

 

 

MXXIII – Dans la République de Platon, entre le dessin et la sculpture, j’aurais deux bonnes raisons d’être banni en tant qu’ « imitateur d’imitations » (si si). Seule l’écriture sauverait peut-être ma peau.

 

 

 

MXXIV – *La voix de Platon* : « Non, parce que même comme ça, t’es qu’un imitateur d’écrivain, ha ha ha… et un, et deux, et trois – zéro ! Tu sors ! ».

 

 

 

MXXV – Note pour plus tard : « Don’t fuck around with Plato ».

 

 

 

MXXVI – Minot, on a toujours envie de devenir le héros du dernier film qu’on a vu. Jusqu’au moment où on comprend qu’il y a toujours une part du contrat qui est intenable : pour être Superman, faut voler, pour être un Jedi, il faut bouger des trucs avec l’esprit… pour être un highlander, il faut porter le kilt…

 

 

 

MXXVII – Avec le temps, on passe par pas mal de vocations plus ou moins réalistes : astronaute, agent secret, pompier ; jusqu’à l’âge de raison. Le truc, c’est qu’à aucun moment on a rêvé de devenir Herald Wladymeer… eh bien, je vous le donne en mille…

 

 

 

MXXVIII – L’âge de raison est celui qui distingue la réalité des illusions d’enfance ; l’âge auquel on accepte le poids de la vie et une certaine forme d’asservissement. Typiquement, pour celui qui exploite ta force de travail, ton âge de raison, c’est celui auquel dans le genre brave con docile, t’es mûr à point.

 

 

 

MXXIX – La philosophie, c’est un peu l’alpinisme de la pensée. On entame une ascension vers l’idée pure. Personnellement, j’ai toujours eu une préférence pour la spéléo.

 

 

 

MXXX – La névrose, c’est l’adaptation de soi à la réalité. La psychose, c’est l’adaptation de la réalité à soi. Quand mon buzzer sonne le matin, si je décide qu’il ne s’agit pas de mon réveil, mais de mon voisin qui écoute de la tektotruc et que je me rendors, ça fait de moi un psychopathe ?

 

 

 

MXXXI – Si l’important était de participer, on n’aurait jamais inventé les médailles et les podiums. Bon, en France, à défaut d’avoir des médailles, on a des valeurs… bisque bisque…

 

 

 

MXXXII – Attention, je n’ai jamais dit que ce n’était pas une saine philosophie ; c’est juste que dans les faits, l’importance accordée à la participation est la signature philosophique des losers.

 

 

MXXXIII – Je reviens deux pensées en arrière. Si l’important était de participer, on aurait quand même créé des médailles. C’est juste que les seuls à ne pas en avoir seraient les trois gars qui sont arrivés en premier et n’ont donc rien compris à la philosophie du truc : ils font rien qu’à participer pour gagner au lieu de participer pour participer.

 

 

 

MXXXIV – Pour en finir avec le sujet, si l’important c’est « de participer », mes fautes d’orthographe, mes deux commentaires et moi, on va devenir hyper importants, dans le paysage littéraire.

 

 

 

MXXXV - *Voix du serveur automatisé des ASSEDIC de l’ouest francilien*…  Pour le mois de Septembre, vous déclarez ne pas avoir travaillé, ne pas avoir suivi de formation, ne pas toucher de retraite ou de pension d’invalidité de deuxième ou troisième catégorie, et être toujours à la recherche d’un emploi. C’est pas grave : l’important, c’est de participer…

 

 

 

MXXXVI – Au regard des différents papiers à remplir et autres acrobaties à effectuer pour faire valoir ses droits, je me dis qu’on devrait créer un Bac Z pour les aspirants chômeurs. Chômeur, c’est un job à plein temps qui nécessite un certain niveau de qualification.

 

 

 

MXXXVII – Parmi mes choix d’orientations estudiantines et professionnelles en devenir, j’ai pensé un temps à faire « Marx ». J’ai regardé le cursus, ça m’a filé des sueurs froides, alors je m’en suis tenu au niveau d’études nécessaires pour avoir la barbe de Marx : c’est un début.

 

 

 

MXXXVIII – Si je n’étais pas conforté dans la certitude de mon talent par les cris enthousiastes d’une foule de trois personnes, je commencerais à penser que ce blog est un genre d’éloge personnel à ma propre médiocrité.

 

 

 

MXXXIX – Remarque, ça fait toujours un truc en moi qui est digne d’éloges. Certaines personnes sont trop communes pour pouvoir se targuer d’être médiocres.

 

 

 

MXL – Et dire que Me Wladymeer a délibérément choisi de passer sa vie avec ça... Je ne comprends toujours rien aux femmes, mais leur irrationalité caractéristique est sous certains aspects bien arrangeante.

 

 

 

MXLI - Lucie va au marché pour acheter dix laitues dont les prix décroissent, au ratio de 3% de la valeur base par unité achetée. Elle doit acheter du café pour un montant égal au deux tiers de la racine cubique de la somme dépensée dans les laitues, après quoi elle pourra aller réparer la plomberie qui fuit, à raison à raison d’un litre par centime ramené en monnaie des courses et par heure. Doit-on prévenir la protection de l’enfance ?

 

 

 

MXLII – Une pierre de huit tonnes qui tombe de très haut et toi qui tombe avec, vous allez à la même vitesse, mais au bout du compte, même si t’as pris un super départ et que tu t’écrases en premier, c’est la pierre qui gagne. Une réalité mathématique lapidaire, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots.

 

 

 

MXLIII – Il doit y avoir un moment où la matière a eu le choix entre rester de la matière «  inerte et éternelle » ou devenir de la matière « pensante et mortelle ». A aucun moment elle ne s’est raclée le chaudron pour voir s’il n’y avait pas moyen de devenir de la « matière pensante immortelle » : elle a tout salopé le travail pour terminer en vitesse. Aujourd’hui, elle s’en mord les doigts, la matière pensante… bien fait pour nous.

 

 

 

MXLIV - … Et Beethoven qui écrivait de la musique alors qu’il était sourd. Tiens, je me disais, il ne me manquait plus avec la musique qu’un art de tricheur pour parfaire ma panoplie d’imposteur.

 

 

 

MXLV – J’ai un copain qui travaille aux urgences, dans le personnel soignant. Cette semaine, c’était une boule de billard. Je n’en dis pas plus, ce serait trivial.

 

 

 

MXLVI – Césarienne, points de suture… Félicitations, monsieur, c’est une boule de billard ! Désolé, c’était plus fort que moi

 

 

 

MXLVII – J’ai peur que ce genre d’anecdote lénifiante revienne de manière cyclique dans mes recueils, le goût de l’expérimentation étant chez l’homme aussi développé que son inventivité est dépourvue de limites.

 

 

 

MXLVIII – Grand ménage de printemps. J’ai failli acheter un second aspirateur pour nettoyer le premier tellement c’était grave. La trente-huitième heure, j’ai également pensé à m’acheter une corde.

 

 

 

MXLIX – « Por narices » : expression castillane signifiant : « pour ou par mes narines / parce que mes narines le décident » (sic). L’idée que le siège de la conscience d’un Espagnol puisse se trouver dans son nez prête à rire, comme quand on décrète par chez nous « j’en ai plein le cul » après avoir mentalement séché trop longtemps sur un problème.

 

 

 

ML – Et un de torché en trois jours… c’était vraiment pas la peine de faire la Diva quittant la scène.