29.12.2008

Vingt-deuxième fournée

 - OPUS VINGT-DEUXIEME -

 

 

 

 

 

MLI – « La meilleure des victoires est celle qui ne nécessite pas de bataille » (Sun-Tzu). « Le meilleur des cocas est celui que quelqu’un d’autre va chercher pour toi au frigo » (Herald Wladymeer). Maintenant, vous la voyez mieux, la différence entre un gars qui doit être publié et un gars qui ne doit l’être sous aucun prétexte ?

 

 

 

MLII – Ca vous dit qu’on échange des trucs de bricoleurs ? Allez, le premier ou la première qui m’explique comment décoller la graisse des murs de ma cuisine, je lui donne ma recette secrète pour se brûler au second degré avec une banale ampoule de 60 Watts.

 

 

 

MLIII – Alors je sais que ça peut paraître ridicule de se blesser de la sorte, mais moi, l’ampoule, au moins, j’ai pas eu la bêtise de m’asseoir dessus… n’est-ce pas, monsieur l’heureux papa d’un souvenir de Paris.

 

 

 

MLIV – Ah oui, j’ai oublié de vous dire… il y a deux semaines, c’était une boule de billard. Cette semaine, à sa grande surprise, un praticien de mes amis a vu la tour Eiffel enneigée du côté de la face cachée de la lune, et sans télescope : une vision dépaysante…

 

 

 

MLV – Vous étiez prévenus que créativité de la nature humaine aidant, ce genre d’information édifiante risquait objectivement de revenir, de manière cyclique.

 

 

 

MLVI – Allez quoi, admettez-le… on a tous un pote dans le paramédical, qui arrive une fois par semaine pour l’apéro en disant : « Tu ne devineras jamais ce que j’ai trouvé dans le cul d’un gars ». Non ? Y a que moi ?

 

 

 

MLVII - …

 

 

 

MLVIII – Normalement, les trois points de suspension, c’est un truc pour faire grimper le score à peu de frais. Ce coup-ci, c’était un authentique moment de solitude profonde. J’espère que vous aurez su apprécier la différence, qualitativement parlant.

 

 

 

MLIX – C’est emmerdant cette obsession momentanée : aussitôt que je tente de m’écarter du sujet maudit, il est à peu près aussi difficile de m’extraire un bon mot que d’extraire une boule de billard de… Tenez, vous voyez ?!

 

 

 

MLX – Vite, réagir avant la transe hypnotique… voir grand… s’élever… L’univers : cette entité qui fabrique des étoiles, qui elle-même fabriquent de l’univers. L’univers, certainement le seul gars de son patelin à pouvoir se vanter d’être à la fois sa cause et son effet.

 

 

 

MLX – L’univers, qui avec ce sens de la géométrie simple et épuré, tout en étant effroyablement complexe, nous a offert une planète sphérique… ronde comme une boule de bill… Non ! Non ! Assez, quoi !

 

 

 

MLXI – C’est marrant, Galaxy Quest, c’est une comédie, mais le moment auquel le chef extraterrestre a ce regard d’enfant, dans lequel on voit s’effondrer l’image parfaite de l’humanité qu’il a prise comme modèle, j’ai chialé comme une merde pendant vingt minutes.

 

 

 

MLXII – Par la suite, combien de nuits sans sommeil j’ai intérieurement réentendu « We’re actors, Mathezar…  », juste avant d’être pris d’une crise de larmes « plus ou moins » inexplicable.

 

 

 

MLXIII – Pourquoi ces rivières, mon bon Monsieur Souchon ? Je sais que pour un batteur de Death Metal, ça ne fait pas sérieux, mais quelle que soit la scène à laquelle il appartient, quand on croise un bonhomme, on lui dit « Monsieur ».

 

 

 

MLXIV – Il suffit de contempler « l’origine du monde » de Courbet, pour comprendre qu’on ne devrait jamais traiter quelqu’un de tête de con. Aussi absurde que cela puisse paraître, c’est plus un compliment qu’une insulte.

 

 

 

MLXV – Personne parmi vous ne saura exactement combien de temps de vie j’ai perdu à regarder le chiffre MLXV sans trouver quoi lui adjoindre. Quand on part explorer le cosmos, faut pas s’étonner de croiser des trous noirs, je suppose.

 

 

 

MLXVI – Dehors, un chien aboie : ça en fait au moins un de nous deux auquel la réalité de nos conditions respectives inspire un commentaire éclairé.

 

 

 

MLXVII – En raison de notre perception de nous-mêmes, on anthropomorphise plus le chien dans les moments où il nous regarde la patte tendue, avec des yeux où brillent adoration et intelligence, que dans les moments où il est en train de bouffer sa crotte … Et pourtant…

 

 

 

MLXIX – A l’échelle du temps cosmique, l’humanité, de son début à sa fin, ce sera à peine un éternuement. Techniquement, on en est au moment de l’histoire où l’odeur de toutes nos saloperies commence à chatouiller les narines de la planète.

 

 

 

MLXX – Qu’est-ce qui se passait « avant » ? Où est-ce qu’on va « après » ? C’est fou, les supplices tordus que l’esprit s’invente pour éviter d’avoir à penser à « maintenant ».

 

 

 

MLXXI – L’impossibilité de faire carrière dans le Death Metal est un problème à caractère chronologique. Le jour où nous serons reconnus pour le caractère visionnaire de notre travail, ce sera certainement le lendemain de l’apocalypse. Autant dire qu’en termes de public, on risque de jouer pour encore moins de monde.

 

 

 

MLXXII – Descendre se mettre la truffe au vent à l’heure où l’honnête homme sommeille. S’allonger sur le gazon. Contempler les étoiles. Se dissoudre dans l’espace. Expliquer au gardien qui fait sa ronde que ce n’est pas la peine d’appeler le SAMU. Des plaisirs simples.

 

 

 

MLXXIII – Mylène Farmer, c’est le portrait de Dorian Gray : elle doit payer quelqu’un pour vieillir à sa place.

 

 

 

MLXXIII – Le reste de son étrange personne n’a pas changé non plus : c’est toujours cet espèce d’iceberg en flammes qui s’est fait tatouer « j’ai encore été vilaine » sur une fesse et « je ne suis pas celle que vous croyez » sur l’autre.

 

 

 

MLXXIV – La relation avec le tabac, c’est donnant-donnant. Un jour tu le fumes ; un jour, c’est lui qui te fume.

 

 

 

MLXXV – Un bref dialogue avec la mort II : - Je voudrais pas crever trop vieux.- *Je peux t’arranger ça en deux coups les gros*. -C'est-à-dire… je ne voudrais pas crever trop jeune, non plus.- *Alors sinon, je fais aussi livraison de pizzas…*. -Sans rire ?- *A ton avis ?*

 

 

 

MLXXVI – Les petites heures mortifères du matin, où l’insomnie cède à la lassitude, qui, comme un courant d’air, vient mêler son souffle au dernier soupir de la conscience qui s’éteint peu à peu…

 

 

 

MLXXVII – *Voilà, voilà, j’arrive !*. Ha mais non, prenez pas ça au pied de la lettre, c’est une licence poétique, là… *Désolée, réflexe professionnel…*

 

 

 

MLXXVIII – Depuis que le premier truc doté d’une hélice d’acide désoxyribonucléique a pointé le bout de ses flagelles sur terre, à son boulot, la mort est sacrée employée du mois tous les mois.

 

 

 

MLXXIX – La réalité offre des solutions à tous les gens qui, dans un sens ou dans l’autre, savent faire montre d’opinions tranchés. Il n’y a aucune alternative pour les gens qui n’ont ni très envie de vivre, ni très envie de mourir.

 

 

 

MLXXX – Le Christ était venu nous sauver, mais il eut le malheur de vouloir commencer par estimer le mal-être de l’humanité, pour se faire une idée du devis, et demanda où se situait le malaise sur une échelle de 1 à 10, sachant que : « le niveau 1 c’est, disons, une légère nausée, et que le niveau 10, c’est carrément des clous dans les mains et les pieds ? »…

 

 

 

MLXXXI – Eh bien les braves gens l’ont renvoyé chez lui en guise de réponse, après avoir coché la mention utile, mais jusqu’à présent, ils n’ont pas reçu d’accusé de réception.

 

 

 

MLXXXII – Ce sont ces mêmes braves gens aux mœurs champêtres qui continuent, dans certains coins, de clouer des hiboux aux portes des granges pour conjurer le mauvais sort. Pourquoi des hiboux ? Ben dame, on prend ce qu’on trouve : c’est pas tous les jours qu’on tombe sur des barbus excentriques qui veulent se faire clouer de leur plein gré…

 

 

 

MLXXXIII – « Bonjour monsieur, je représente la société « Terre de fenêtres », et je vous appelle pour la troisième fois ce mois-ci, afin de… ». Avec eux c’est le cas de le dire, si tu décroches une fois, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres.

 

 

 

MLXXXIV – Si on considère la méchanceté dont nous avons fait montre à l’égard de son fils, on ne s’étonne que peu ou prou que Dieu nous ait salement pris en grippe. Le paradoxe de notre condition, c’est que la punition semble tomber longtemps avant les faits reprochés…

 

 

 

MLXXXV – …Oui, c’est un paradoxe temporel. Normalement, la réalité abhorre ce genre de choses. Manifestement, seul Dieu a le droit de déconner plein tubes avec les paradoxes.

 

 

 

MLXXXVI – Ah, un lecteur féru d’écritures m’avertit qu’il n’y a aucun paradoxe dans l’histoire. Si la punition semble antérieure au délit, c’est qu’on purgeait déjà une peine relative au « pêché originel » : un vol de pomme à l’étalage raconté par un mystique un rien exalté… j’ai pas tout saisi.

 

 

 

MLXXXVII – Après ça, je m’étonne moins que la chrétienté soit en perte de vitesse. « Tu déconnes grave avec Dieu, tu manges copieux. Quand ça suffit, il t’envoie un sauveur et là, tu le cloues à deux planches ». Va pérenniser plus de deux millénaires une entreprise dont le service consiste à faire admettre aux gens qu’ils appartiennent à une espèce aussi stupide.

 

 

 

MLXXXVIII – Et puis bon, le poids des pêchés des âges, les fautes des pères, tout ça, lyriquement, je suis pas contre, mais tu trouves pas que ça commence à être longuet ?… Dédé... ça existe, en vrai, les peines incompressibles de deux mille huit ans ?

 

 

 

MLXXXIX – En Yiddish, on peut résumer notre condition à deux mots : « Oï veï ». Dans le genre concis, on fait difficilement mieux.

 

 

 

MXC – M. et Me Wladymeer regardant M. et Me Smith en pleine prise de bec sur « la salière au milieu de la table ». (HW) T’y crois… cette fausse embrouille… (Me W.) On ne sait pas… peut-être qu’on s’engueulerait plus souvent, si on avait une table plus grande. La pensée post-moderne frémit d’effroi à l’idée qu’un jour, nous puissions enfanter.

 

 

 

MXCI – « Nos métempsychoses, ces avatars dévolus aux affabulations contrefaites de nos consciences tintinnabulantes et autres cénesthésies inénarrables ». La langue française est magnifique, même quand on s’en sert pour dire des choses parfaitement dénuées de sens.

 

 

 

MXCII – Ca à l’avantage de rester beau à l’oreille même quand ça ne sert à rien. Certains romanciers ont d’ailleurs bâti des empires sur ce principe. Dans le cadre de ce blog, ça fait aussi monter le score à peu de frais.

 

 

 

MXCIII – La rentrée littéraire a l’air tellement chaude que la climatisation va poser un arrêt maladie. Il va falloir envisager le bon vieux seau d’eau froide.

 

 

 

MXCIV – Avant, beaucoup de romans étaient simplement nombrilistes. Aujourd’hui, certaines personnes s’imaginent que c’est carrément leur trou de balle qui mérite de figurer dans la bibliothèque aux cotés de Sartre ou de Cioran.

 

 

 

MXCV – D’un autre côté, une part de moi hésite à les contredire. En effet, à l’instar des esprits fantaisistes qui épatent régulièrement le personnel des urgences à renfort de boule de billard ou de tour Eiffel, ces romanciers démontrent qu’une vérité profonde se cache vraisemblablement dans le rapport qu’entretient l’homo sapiens à son propre fondement.

 

 

 

MXCVI – Je repense à cette histoire de pêché originel. Une pomme qui fait grimper le QI, un serpent qui cause. Tout ça me paraît d’un réalisme contestable … Moi, je suspecte plutôt un genre de grosse allégorie métaphorique.

 

 

 

MXCVII – Oncques me reprochait dernièrement l’amertume sous-jacente de nombre de mes propos. Je ne suis certes pas un grand pourvoyeur de merveilleux, mais au moins, je ne suis pas un gros néo nazi comme Walt Disney ou un gros pédophile comme Lewis Carroll.

 

 

 

MXCVIII – La différence entre Pee Wee Hermann et Michael Jackson, c’est que dans le second cas, en raison des origines supposées de l’accusé, la partie civile ignorait si elle devait déposer la plainte auprès du FBI ou de la NASA.

 

 

 

MXCIX – Le fait qu’on ait arrêté les essais nucléaires ne signifie pas qu’on ait arrêté les tests ou la fabrication d’armes toujours plus puissantes. Simplement maintenant, la mort se quantifie sur Pentium core-duo, virtuellement, sans polluer… en tout bien toute horreur.

 

 

 

MC – « La grosse angoisse au goût amer… ne s’use pas, même quand on s’en sert ». Voilà pourquoi la communication, en ce qui me concerne, c’est foutu. Tous les slogans accrocheurs qui tuent sans mentir au client me sont inspirés par des trucs invendables…